Le Monde

Le gouvernement veut revaloriser le mariage

Un soir de semaine, à la mairie du 15e arrondissement de Paris, cinq couples de futurs mariés sont assis, studieux, autour d’une grande table. Deux bénévoles de l’association Cap Mariage leur font lire, à tour de rôle, les articles du code civil qui seront énoncés le jour J : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. » « Comment comprenez-vous le terme secours ? », interrompt Serge Gillotin, l’un des deux animateurs. Silence. « Il concerne le plan financier et matériel, explique le bénévole. Chacun le doit au conjoint, aux enfants du couple, mais aussi aux parents du conjoint. » La plupart des participants le découvrent.

Les réunions de préparation au mariage civil organisées par cette mairie (UMP) font partie des exemples cités par le gouvernement. A trois mois des élections, le gouvernement vient en effet de rendre publique une série de mesures destinées à « revaloriser le mariage civil », où la préparation tient une place importante. Mais pourquoi se préoccuper du mariage, alors que les unions devant le maire ne cessent de reculer au profit du pacs ? « Le mariage n’est pas une institution ringarde, défend la secrétaire d’Etat à la famille, Claude Greff, qui s’appuie sur un sondage Ipsos réalisé pour La Croix en septembre 2011. Plus de 85 % des jeunes de 18 à 34 ans veulent construire une seule famille dans leur vie, en restant avec la même personne. »

Le gouvernement affiche plusieurs objectifs. Tout d’abord faire en sorte que les cérémonies en mairie soient « moins bâclées ». Seuls 30 % des quelque 240 000 mariages célébrés chaque année sont suivis d’une cérémonie religieuse. Les autres n’ont que la cérémonie civile. « Souvent elle ne dure que quelques minutes, c’est trop court pour un engagement aussi important », affirme Mme Greff. Ensuite, mieux faire connaître le contenu juridique de l’union, en particulier la solidarité des dettes, les droits du conjoint survivant, les obligations vis-à-vis des enfants, de plus en plus souvent ignorés.

Pour cela, un « kit mariage », composé de deux livrets, est en train d’être réalisé. Le premier sera destiné aux futurs mariés. Il comportera des informations sur l’histoire du mariage, le code civil, les droits et devoirs de chacun, les personnes à contacter en cas de conflit. L’autre s’adressera aux élus et officiers d’état civil, afin de les sensibiliser à l’importance de la cérémonie. Ce faisant, le gouvernement « répond à une demande sociale de plus en plus forte des jeunes couples », assure Mme Greff.

Mais revaloriser le mariage ne suffit pas. Au passage, le gouvernement espère bien aussi prévenir les divorces, dont le taux atteint 50 % en moyenne, avec un « coût humain et social » lourd, déplore Mme Greff. « Le couple est déstabilisé, le foyer précarisé », ajoute la secrétaire d’Etat. Après une séparation, il faut deux logements, deux véhicules, des aides sociales démultipliées… Quelque 32 % des familles monoparentales vivent au-dessous du seuil de pauvreté, rappelle-t-elle.

Claude Greff, qui avait jusqu’ici fait peu parler d’elle depuis sa nomination, en juin 2011, est consciente du risque de se voir taxée de moralisme, voire d’opportunisme, en flattant l’électorat le plus conservateur. Elle se défend donc de vouloir « faire la promotion du mariage et empêcher les gens de divorcer ». Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, spécialiste des questions familiales et promoteur de la « famille durable », va plus loin : « Ce n’est pas notre rôle d’obliger des gens à vivre ensemble, mais nous pouvons dire que la stabilité, la durée, et la solidarité familiales sont de bonnes choses. Nous devons cesser d’être sur la défensive sur ces questions. »

Cap Mariage, la principale association présente sur ce créneau, très active auprès des élus locaux, se flatte d’avoir inventé le terme de « famille durable ». Composée d’une centaine de bénévoles, elle est présente à Paris et dans les grandes capitales régionales. Elle affirme toucher 100 couples par an sur 1 000 mariages dans le 15e à Paris, et près de la moitié à Arras (Pas-de-Calais). « Notre objectif n’est pas de faire du prosélytisme, mais d’aider le couple à durer grâce à des outils de communication, explique Serge Gillotin. On voit tellement de souffrance lors des séparations. » Le discours de l’association semble d’inspiration catholique mais elle est strictement laïque et apolitique.

Si le souhait de mieux informer et de solenniser le mariage fait l’unanimité, l’accent mis sur la durée du couple est beaucoup plus discuté. « Faire de la prévention est une bonne idée, mais rester ensemble n’est pas un objectif en soi, commente Claude Bigot, présidente de l’Association française des centres de consultation conjugale. Par ailleurs, il est nécessaire de reconnaître toutes les formes de vie en couple, comme l’union libre et le pacs, et tous les couples, homosexuels ou hétérosexuels. » « Cela a du sens de proposer un accompagnement, certains jeunes n’ont jamais appris à communiquer, renchérit Bénédicte Maufrais, vice-présidente de l’Association nationale des conseillers conjugaux et familiaux. Mais on n’est pas là pour influencer les gens. »

Tout dépendra, au final, de l’accueil des maires. Jacques Pélissard, président de l’Association des maires de France, trouve la démarche du « kit mariage » « intéressante », surtout pour les communes « petites et moyennes ». Donner davantage de temps sera plus difficile dans les grandes villes, selon lui. Là encore, deux conceptions s’affrontent. Dans le 15e arrondissement de Paris, on voit le recours aux associations comme Cap Mariage une réponse à la surcharge des élus. M. Pélissard, lui, y voit un risque de « dérives ».
Gaëlle Dupont