Libération


A la mairie mais en grande pompe


Jour J. Marre des oui expéditifs devant monsieur le maire. Moins on se marie, plus on investit dans les cérémonies républicaines.

Par CHARLOTTE ROTMAN

Moins on se marie, mieux on se marie. L’an dernier, 249 000 mariages civils ont été célébrés, contre 297 000 en 2000, et 203 000 pacs conclus. Plus de la moitié des naissances se font, aujourd’hui, chez des couples qui ne se sont pas passé la bague au doigt… Le mariage serait-il mort ? Pas si vite.

«C’était un acte banal, conventionnel, obligatoire. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire, il reprend donc de l’importance et permet une distinction entre les couples», souligne Florence Maillochon, sociologue au CNRS, au centre Maurice Halbwachs, qui étudie la façon dont les Français célèbrent leurs épousailles. «Loin d’affaiblir la cérémonie du mariage, le déclin de l’institution matrimoniale a sans doute été enrayé, paradoxalement, par le maintien des noces», écrit la sociologue. Signe de cette vitalité : pas moins de trois salons du mariage, regroupant des centaines d’exposants, se succèdent, rien qu’à Paris, entre la mi-octobre et le début novembre.

Avec le succès du pacs, certains couples établissent une hiérarchie entre les unions. «Ceux qui sont les plus attachés à la symbolique matrimoniale ont tendance à valoriser le mariage comme l’acte le plus fort, qui engage le plus. Ce qui se voit dans leur célébration», remarque Wilfried Rault, spécialiste du pacs à l’Institut national d’études démographiques (Ined).

De plus en plus de couples souhaitent une cérémonie civile, mais personnalisée. «C’est une tendance de fond, du mariage intime jusqu’à la grande fête de 500 personnes, remarque encore Florence Maillochon. Avant, on ne trouvait pas cette exigence de personnalisation, on rentrait dans une tradition, dans un ordre social. Aujourd’hui les couples disent qu’ils veulent un mariage « qui leur ressemble ».»

C’est également ce que pense la secrétaire d’Etat à la Famille, Claude Greff (elle-même mariée «en dix minutes») : «Il faut répondre à cette quête de sens. D’après un sondage Sofres, 89% des 25-34 ans souhaitent construire une seule famille en restant avec la même personne.» Le couple, une valeur. Le mariage, son écrin. «Il faut donner plus de solennité au mariage civil, que cela ne soit pas un engagement fait en cinq minutes et qu’on détruit en cinq minutes», dit encore Claude Greff à Libération. Elle souhaite «encourager les cérémonies républicaines» et lancer un «kit de préparation au mariage», avec contrats notariés, articles de loi, contacts d’associations. Une proposition sur laquelle planche un groupe de travail.